L'INVITÉ

Philippe Rodet : la clé du bonheur en entreprise

Médecin urgentiste, Philippe Rodet s’est intéressé aux mécanismes du stress et de la motivation en entreprise. Son credo ? Le management bienveillant.
Philippe Rodet œuvre depuis 25 ans à la promotion des comportements bienveillants en entreprise (Photo Félicien Delorme).
Philippe Rodet œuvre depuis 25 ans à la promotion des comportements bienveillants en entreprise (Photo Félicien Delorme).

Il dit de l’Indre que c’est l’endroit où il se détend, dans sa maison familiale du Menoux, où il vient régulièrement se ressourcer. Est-ce sa manière à lui de se mettre à distance du stress et de la vie trépidante qu’il mène depuis bientôt trente ans au service des autres ? Philippe Rodet, médecin urgentiste, a fondé en 2008, à Paris, le cabinet Bien-être et Entreprise : « J’avais envie de créer une structure de conseil sur le stress et la motivation en entreprise. Je me disais que je ferai ça 10 % de mon temps et que je continuerai la médecine par ailleurs. Mais c’est le contraire qui s’est produit ! »

“ Un levier de motivation incroyable ”

Car très vite, les demandes affluent, notamment de grands groupes qui comprennent que la motivation du salarié est l’élément-clé de la réussite. Et qu’elle passe par un mot dont Philippe Rodet a fait son credo : la bienveillance. « Être bienveillant, ce n’est pas être laxiste ou trop amical, prévient-il. Si on vous dépose en hélicoptère sur le sur le toit du Mont-Blanc, on trouvera le panorama magnifique. Mais si on effectue l’ascension soi-même, alors, ce sera encore mieux. Et si le salarié reçoit de la bienveillance pour fournir cet effort, il donnera le meilleur de lui-même. Les comportements bienveillants sont des leviers de motivation incroyable. »

Pour Philippe Rodet, il y a urgence à agir : « En 10 ans, le niveau de stress dans les entreprises est passé de 40 à 64 %. Le pourcentage de personnes très motivées a baissé de 42 % à 28 %. Quand le stress augmente, la motivation s’écrase ».

Pourquoi le monde du travail a-t-il cédé au stress durant cette dernière décennie ? Le médecin y voit l’influence des nouvelles technologies de communication et autres réseaux sociaux : « Tout s’est accéléré, les temps ont été réduits à l’extrême et l’être humain n’arrive pas à trouver le juste équilibre. En parallèle, les facteurs de protection se sont effondrés. Ces facteurs consistent à avoir un but, de l’autonomie, à trouver un sens à son travail. Aujourd’hui, il y a trop de sources de stress et pas assez de facteurs de protection. Il faut inverser les choses. »

C’est ce qu’il apprend aux managers lors des formations qu’il dispense. Lui dont le métier – sauver des vies – a du sens, a commencé à s’intéresser au stress alors qu’il était étudiant à Limoges. « Un jour, alors que j’étais en stage en réanimation, on a reçu un enfant de 15 ans qui avait tenté de mettre fin à ses jours car il était en échec scolaire. Nous n’avons pas pu le sauver. Ça m’a traumatisé. » Dès lors, le jeune médecin s’intéresse à la motivation et aux leviers qui peuvent inverser la spirale de l’échec. Il les expérimente au cours de missions humanitaires effectuées en Afrique, en Roumanie, en Bosnie, dans des pays en guerre. En rentrant à Limoges, il fait part de ses découvertes à un confrère psychiatre qui lui répond : « Ça n’a aucun intérêt, c’est juste bon pour les entreprises. Fais attention, mon vieux, la pire des choses qui puisse t’arriver, c’est de finir un jour consultant. » Ce qu’il a fait. En continuant, d’une certaine manière, à sauver des vies.

Albane Ratsivalaka

 

BIO EXPRESS

> Né à Châteauroux, études de médecine à Limoges.

> De 1988 à 1993, il participe à des missions humanitaires au Burkina-Faso, en Roumanie et en Bosnie-Herzégovine.

> En 2006, il crée le cercle Stress info, à l’origine du blog (www.stress-info.org)

> En 2008, il crée le cabinet Bien-Être et Entreprise.

> Il a publié sept ouvrages, dont les trois derniers, aux éditions Eyrolles : « Le Bonheur sans ordonnance » ; « Le Management bienveillant » ; et, cette année, son premier roman « Aurélien, c’est papa, je t’aime ».