RÉGION - INTERVIEW FRANÇOIS BONNEAU

 » La décentralisation remise en cause « 

François Bonneau, président de la Région Centre Val de Loire, dénonce la privatisation de l’apprentissage et le recul du soutien de l’État aux petites lignes ferroviaires.
François Bonneau : "Le rique du financement au contrat par les branches professionnelles, c'est que certains CFA n'aient pas un budget à l'équilibre si leurs effectifs ne sont pas suffisants". (Photo archives NR).
François Bonneau : « Le risque du financement au contrat par les branches professionnelles, c’est que certains CFA n’aient pas un budget à l’équilibre si leurs effectifs ne sont pas suffisants ». (Photo archives NR).

– 2018, synonyme de turbulences pour vos compétences ?

« Je crois surtout que 2018 est une remise en cause de la décentralisation. C’est le message que j’ai porté à Marseille avec d’autres élus, pour protester contre la mise sous tutelle de nos budgets qui limite notre capacité à agir. Nos compétences ont pourtant toute leur légitimité alors que nos territoires se sentent abandonné par l’État. Nous l’avons vu avec le ferroviaire et le recul du soutien de l’État des petites lignes régionales, enjeu essentiel de mobilité dans la ruralité. »

– Il y a eu cette année, l’annonce de suppressions d’AFPA qui concerne plusieurs sites en Centre-Val de Loire. Quelle est votre réaction puisque vous en êtes le premier donneur d’ordres ?

« L’AFPA a annoncé le 18 octobre dernier son projet de restructuration avec la potentielle fermeture de 5 des 10 sites de notre région. Cela a été un choc pour les habitants, les territoires et le Conseil régional pour qui l’AFPA est le premier opérateur de formation. Depuis, Isabelle Gaudron, vice-présidente et moi-même travaillons avec la direction de l’AFPA et les maires des cinq villes concernées pour maintenir une offre de formation diversifiée, de qualité et de proximité sur sites concernés. La Région pourrait aussi perdre le financement de formations professionnelles au profit des branches.

– Comment rassurer les CMA et les formateurs ?

« La loi pour “ la liberté de choisir son avenir professionnel ” se résume à une privatisation de l’apprentissage, avec un financement par les branches au coût contrat. Le risque du financement au contrat, c’est que certains CFA n’aient pas un budget à l’équilibre si leurs effectifs ne sont pas suffisants. Dans notre région, 14 CFA sont menacés. J’ai donc demandé à la ministre du Travail que soit réaffirmé, dans les décrets d’application de la loi, le rôle de la Région dans le pilotage de l’offre de formation en apprentissage, ainsi que les moyens nécessaires pour maintenir une offre de formation sur tous les territoires. »

– Quel bilan de Dev’Up peut-on dresser en Indre-et-Loire ?

« Dev’UP en Indre-et-Loire, ce sont 175 interventions en 2018 pour accompagner, conseiller et orienter les entreprises dans leurs projets. Récemment, une cinquantaine d’entreprises ont bénéficié de cette approche avec la détection d’un besoin de 150 recrutements et la mobilisation d’outils appropriés, formations et conseils au recrutement. Dev’UP monte aussi en puissance dans le domaine de la prospection et de l’implantation d’entreprise avec 67 propositions d’implantations formulées et 13 accompagnées. »

Au service de l’emploi et des compétences

– Un mot sur votre lauréat, Supra Technologies…

« Je suis très sensible à la démarche de cette entreprise et de son dirigeant, Thomas Drosten, industriel convaincu de l’intérêt de la formation continue, qui a développé son centre de formation à destination des demandeurs d’emploi du territoire. L’Institut Professionnel des Métiers de l’Industrie (IPMI) à Montlouis-sur-Loire, créé en janvier 2018 en partenariat avec le Greta Val de Loire et le lycée Gustave-Eiffel à Tours Nord, a permis de créer, en moins de quatre mois, un parcours qualifiant pour des adultes en reconversion inscrits à Pôle Emploi, afin de leur permettre d’être formés au métier de tourneur-fraiseur. Je salue cette démarche gagnante qui réunit l’entreprise et les organismes de formation au service de l’emploi et des compétences. »

– En quoi l’année Renaissance célébrée en l’honneur de Léonard de Vinci comporte-t-elle un enjeu économique pour notre région Centre-Val de Loire ?

« Au regard de l’enjeu d’image, de notoriété et d’attente en termes de reAu regard de l’enjeu d’image, de notoriété et d’attente en termes de retombées économiques que constitue “ Viva Leonardo da Vinci, 500 ans de RenaissanceS en Centre-Val de Loire ”, les événements annoncés contribueront à booster le secteur du tourisme de 15 % et permettront de fédérer tous les acteurs économiques dans une même énergie. »

Propos recueillis par Bruno Pille.