TROPHÉE Émergence décerné par le public

Pro Target : elle cible les tumeurs cancéreuses

 Sébastien Papot et Adrien Holleville, l’un des doctorants de l’Institut de chimie des milieux et de matériaux de Poitiers. (Photo NR)
Sébastien Papot et Adrien Holleville, l’un des doctorants de l’Institut de chimie des milieux et de matériaux de Poitiers. (Photo NR)

Elle vient d’entrer en phase d’incubation, à l’université de Poitiers, sous le nom de Pro Target. Il n’est peut-être pas définitif. Mais le calendrier de lancement de cette entreprise, lui, est bien calé. « On espère qu’elle sera créée en septembre 2017 », explique Sébastien Papot, professeur des universités en chimie organique et responsable du groupe de recherche sur les systèmes moléculaires programmés au sein de l’Institut de chimie des milieux et des matériaux de Poitiers (IC2MP).

C’est dans ce laboratoire CNRS qu’a été conçue une plate-forme chimique qui peut changer la donne pour le traitement des cancers. Elle ouvre la voie à des chimiothérapies vectorisées, c’est-à-dire des traitements qui conduiront les agents anticancéreux directement sur les tumeurs qu’ils devront détruire et ne les libéreront qu’à leur contact. Un bond en avant considérable par rapport aux chimiothérapies classiques qui n’agissent pas de façon sélective et qui ont des effets secondaires parfois redoutables.

D’autres se sont engagés sur cette voie avec des anticorps dont les limites ont conduit à tenter d’utiliser de plus petites molécules. Sans plus de succès.

Des tests cliniques à l’horizon 2018

Les séries de tests effectués sur des souris avec l’option choisie par le groupe de recherche poitevin sur les systèmes moléculaires programmés sont en revanche concluantes. Transportés vers leur cible avec cette technologie, les produits anticancéreux sont plus efficaces en donnant toute leur puissance lorsqu’ils l’atteignent.

Fruit de recherches entamées en 2003, un brevet princeps protégeant le système moléculaire conçu par Sébastien Papot et son équipe a été déposé en 2010. Enregistré quatre ans plus tard, un brevet complémentaire a suscité l’intérêt d’une entreprise pharmaceutique qui en a acheté la licence. Les tests cliniques doivent avoir lieu en 2018.

En intégrant l’incubateur de l’université de Poitiers, cet automne, Sébastien Papot prépare l’avenir. Objectif : faire de Pro Target une entreprise. Étude de marché, recrutement d’un directeur, organisation de la structure… Les mois qui viennent seront déterminants pour lancer l’entreprise à la rentrée 2017.

Il lui faudra alors un budget évalué pour le moment à 250.000 € minimum par an pour développer et commercialiser ses produits. Nouveaux horizons. Sébastien Papot se prépare à les explorer avec confiance, avec l’accompagnement de l’incubateur : « Scientifiquement, je sais où on va. On a créé une plate-forme chimique avec laquelle on est capable de composer à la demande des vecteurs thérapeutiques pour lutter contre le cancer ». 

Alain Defaye

Sébastien Papot a été lauréat du prix Pierre Fabre de l’innovation thérapeutique, à l’été 2014. (Photo NR)
Sébastien Papot a été lauréat du prix Pierre Fabre de l’innovation thérapeutique, à l’été 2014. (Photo NR)
REPÈRES

Université de Poitiers

Dirigeant : Sébastien Papot, directeur de recherches.