CHAMBRE DE MÉTIERS ET DE L'ARTISANAT INDRE-ET-LOIRE - INTERVIEW GÉRARD BOBIER

« Des réformes, oui, mais pas brutalement ! »

Pour le président de la chambre de métiers et de l’artisanat Gérard Bobier, la formation professionnelle et son financement sont au cœur des enjeux 2019.
Gérard Bobier : 37 % des apprentis sont formés dans le réseau des chambres de métiers et de l'artisanat. "Photo NR)
Gérard Bobier : 37 % des apprentis sont formés dans le réseau des chambres de métiers et de l’artisanat. (Photo NR)

– Globalement, comment s’est déroulée l’année 2018 pour l’artisanat et ses métiers ?

« Nous n’avons pas connu de croissance l’an dernier. Or, pour le premier semestre 2018, nous avons gagné 275 entreprises et 780 emplois supplémentaires. Le département d’Indre-et-Loire enregistre le gain le plus fort de la région Centre-Val de Loire, en raison de radiations en forte baisse. Il y a donc comme un frémissement, même si ça ne cache pas les difficultés… ».

Et quel est le secteur qui a le plus souffert ?

« Incontestablement le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), en raison des mauvaises conditions climatiques. Nous avons connu les pluies d’octobre 2017 à juin 2018, pratiquement sans interruption. Pour ce qui me concerne concerne, j’ai perdu 100.000 euros de chiffre. Ce qui va nous impacter aussi, ce sont les hausses de prix des carburants… ».

 » Je ne peux pas être pour le développement des grandes surfaces. « 

L’an dernier, vous exprimiez un sentiment de confiance en l’avenir. N’est-on pas passé aujourd’hui de l’espoir à la désillusion ?

« Nous voulons des réformes, mais pas de façon brutale ! Le plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE) est toujours en discussion. Il reste encore à poursuivre la réforme. Les discussions portent actuellement sur les financements des formations. L’interlocuteur aujourd’hui, c’est la Région. Demain, ce pourrait être les branches professionnelles. Les centres de formation et d’apprentissage risquent de se faire concurrence. Cela pose deux questions. Des sections sur les métiers rares – je pense à l’horlogerie – risquent de fermer. L’autre risque, c’est de voir se dévitaliser les zones rurales et d’avoir des mastodontes urbains !

Ce qui est encore critiquable dans la loi, c’est d’avoir fait disparaître la notion d’obligation du stage de préparation à l’installation. Nous avions invité les députés pour échanger sur l’intérêt d’un tel stage sans lequel une entreprise sur deux périclite. Le rendre accessible sur la base du volontariat ne me semble pas pertinent. Il faudra que les chambres de métiers et de l’artisanat soient vendeuses de cette offre de services… »

– Quels sont alors les côtés positifs de la réforme ?

« Je retiendrais la suppression des effets de seuils d’effectifs dans les entreprises ou le maintien des centres de formalités des entreprises (CFE) au sein des instances consulaires, gage de la spécificité du registre des métiers. »

– L’annonce de la création d’un village de marques à Sorigny a suscité beaucoup de réactions défavorables, sans jamais vraiment mobiliser. Rappelez-nous votre position ?

« L’artisanat aurait été impacté mais le projet n’a pas été retenu en commission nationale d’aménagement commercial. Le président de la chambre de métiers et de l’artisanat de l’Aube m’a dit que le site de Troyes n’a pas redynamisé le tourisme. Encore une fois, nous développons les grandes surfaces et je ne peux pas être pour. C’est encore une attaque contre le petit commerce et un  et un modèle qui n’a plus lieu d’être. Les 700 emplois annoncés ne seront pas des équivalents temps plein. On parle aussi de la suppression du Fisac. Il faut arrêter de massacrer les artisans ! »

– Dans ces conditions, que vous souhaitez-vous en 2019 ?

« Mon souhait, c’est qu’il y ait une vraie relance économique dans ce pays et que ces réformes aient des côtés bénéfiques. Nous allons donc rester optimistes pour la suite… »

Propos recueillis par Bruno Pille